J’ai eu le plaisir d’assister à une conférence de Patrice Mouyon, psychologue. Son titre : «  Des besoins à l’amour ». Elle portait sur les différences existantes/essentielles entre ces sphères : les besoins, les envies, les désirs, l’amour.

Est expliqué que ces registres répondent à des logiques différentes, et qu’il est fort utile de savoir où se place notre interlocuteur (et où on se place soi-même), pour des échanges de qualité.

Patrice insiste sur l’importance fondamentale de : l’écoute (et de la reformulation, pour vérifier, recentrer, élargir…), de l’ouverture à ce que l’autre communique (pas de jugement de valeur)… car c’est ainsi que l’on peut mieux (se) comprendre et éventuellement chercher ensemble des pistes de réflexion, en posant les bonnes questions.

La représentation de ces sphères : 4 cercles concentriques, avec au centre les besoins, ensuite les envies, puis les désirs, et enfin l’amour.

Voir également que les logiques des sphères peuvent s’inclure ou s’exclure.

Les façons « d’aimer » (dans le sens « sentir et manifester son élan vers l’autre ») sont propres à chaque sphère.

Au centre : LES BESOINS

Logique nourricière et sécuritaire

Les besoins sont liés à la survie de l’individu.

Ils sont associés aux sentiments d’attachement, d’appartenance, d’émerveillement.

Il peut y avoir un langage de tendresse.

Ils parlent de la nécessité pour l’individu d’être au centre, et cela peut se manifester par une tendance à la tyrannie (utilisation de l’autre, urgence, manque à être).

Les besoins répondent à l’angoisse du vide.

Si la sexualité est vécue comme un besoin, il peut y avoir de l’exigence voire de la domination, sans prendre soin de l’autre ni l’écouter.

Enjeu : apprivoiser nos besoins et se nourrir soi-même.

La personne soumise peut aussi vivre la sexualité comme un besoin : son schéma peut être de s’oublier au profit de l’autre pour avoir le sentiment d’être utile et donc d’être (c’est un pansement sur l’angoisse du vide).

Quand la sexualité/relation est vécue comme un besoin, l’écueil c’est le déséquilibre donner-recevoir ; y porter attention.

Différence entre :

* besoins : ils sont vitaux (nécessaires à la survie)

* envies : elles donnent le sentiment d’être en vie

Le second cercle : LES ENVIES

Logique d’exploration et d’expansion (sortir du cocon, aller vers le monde)

Les envies parlent du besoin d’expérimenter, pour se rencontrer, se connaître, s’individualiser, aller vers l’indépendance (l’autonomie, c’est quand on peut subvenir à nos besoins).

Dans cette sphère, on affirme nos envies (sans forcément tenir compte des envies des autres).

C’est une période très vulnérable (adolescence conformiste, besoin d’appartenance), exploitée par les industriels en créant des faux besoins.

Ce que l’on y voit :

* tendance au consumérisme (objets interchangeables, pas d’investissement dans la relation)

* attraction liée au moment, à l’impulse, superficielle (une envie en remplace une autre, sans arrêt)

Il s’agit de découvrir de son plaisir personnel et de mieux se connaître.

C’est en réponse au besoin de réassurance (se prouver que… ; vivre ses envies comme un pansement, un évitement, pour réparer une blessure narcissique)

Porter une attention particulière :

* aux désirs mimétiques (ce sont des envies provoquées par des impressions extérieures, pour être conformes, dans la norme, pour répondre au besoin d’être inclus.e/reconnu.e)

* (note de Nelly 🙂 aux désirs compensatoires (exemple : j’ai envie d’un câlin, mais je mange plutôt du chocolat parce que ça m’est refusé ou parce que je n’ose pas aller demander)

Les envies parlent de l’angoisse d’amputation (de ne pas vivre, d’être empêché.e de se découvrir vraiment).

D’où la peur de toute dépendance… et le papillonnage.

Dans l’envie, il n’y a pas (ou moins) de notion d’attachement : l’importance de la relation à l’autre est relative.

Nous sommes passés d’une société des besoins (obtenir le nécessaire à la survie, d’un point de vue matériel) à une société des envies… ce qui souvent induit un décalage de soi (manque d’ancrage, de cadre, de bases, de repères ; consommation effrénée pour tenter de se rassurer et de combler les manques, flottement…)

Au stade des envies, on estime qu’il y a toujours mieux ailleurs (insatisfaction ; comme si on avait besoin d’espace et de multiples expériences pour se déployer).

Au stade des désirs, il y a recentrage : la liberté, c’est d’aimer l’autre. On cherche plutôt à vivre du temps avec l’autre.

Envie : pulsion physique indépendante de l’attachement, urgence, dispersion

Désir : pensée dirigée vers un être, fantasme, recentrage, concentration

Le troisième cercle : LES DESIRS

Logique du manque dans l’être

C’est désirer l’autre et désirer la relation avec l’autre.

C’est être comblé.e par cette relation (pas d’élan à aller voir ailleurs).
Se sentir unique, voir l’autre comme unique.

Etymologie du mot désir : du latin, regretter de ne plus voir l’étoile brillante. Il y a élan à retrouver l’autre.

C’est avec cette personne qu’on a envie de vivre nos envies.

C’est là que se place le sentiment amoureux (ne peut être dirigé vers plusieurs personnes en même temps) : il y a « élection » de l’objet du désir, idéalisation, projection, engagement/investissement dans la relation.

Les désirs vont avec le souci de perfectionnement.

C’est sur le registre de la qualité (versus quantité).

C’est en réponse à l’angoisse de perte de sa « moitié »… ou de ne pas la trouver.

Le désir (comme l’envie) n’est pas uniquement sexuel.

On peut avoir des désirs : pour soi, pour l’autre, avec l’autre.

Avec l’autre, le désir se construit et s’entretient à deux : ce sont nos points de retrouvaille.

Dans le désir, ajustement permanent (on n’exige pas de l’autre).

Le quatrième cercle : L’AMOUR

Logique de plénitude et de lâcher-prise

Patrice parle d’aspiration à l’amour :

* l’humain souhaite se rapprocher de l’amour

* l’amour ça s’apprend tout au long de la vie

Notion de richesse, de paix, de quiétude

C’est de soi à soi et avec l’autre

Aimer, c’est un/le bonheur en soi

Dans l’amour, acceptation des différences et des limites (les siennes propres, celles de l’autre).

Registre du don, de la gratitude, du pardon

C’est la fin des prétentions (d’être ou de vouloir différent)

Dépassement des conflits

L’amour vient de et induit : écoute, accueil, tranquillité à soi.

On voit l’indispensable/le nécessaire … et ce qui est de l’ordre des détails.

On peut aimer à proximité comme à distance.

L’amour peut inclure une forme de détachement… ou être désirant.

Il n’y a pas de contraire à l’amour.

L’amour est en lien avec la spiritualité : pas d’objet à l’amour (versus objet de l’envie ou du désir), l’autre est aussi sujet et considéré/écouté avec respect, comme digne et sacré.

L’amour provoque un dépassement de l’ego : oubli du moi et des limites psychiques (peurs), pour s’offrir à plus grand, à la grandeur de la relation d’amour.

Pas d’amour véritable sans mise à nu, sans authenticité, sans humilité.

Discours de vérité, de sincérité.

Quant aux interactions entre ces différentes sphères :

L’idée, c’est de sentir/comprendre à quel domaine une interrogation s’adresse, pour poser les bonnes questions et éventuellement apporter des éléments de réponse, des idées complémentaires… et en proposant éventuellement une réflexion sur les aspirations des êtres.

Pour alimenter le débat, ne pas verser dans le clivage bien/mal. Pas de jugement à faire sur un comportement ou un état d’être : s’interroger plutôt sur « D’où ça vient ? », « A qui/quoi ça sert ? », « A qui/quoi c’est préjudiciable ? », voire « Que prévoit la loi ? » (consentement, harcèlement…).

L’idée, c’est de mieux (se) comprendre pour ajuster son cadre personnel, ses choix, à ses vrais besoins/désirs/aspirations, ce qui soutient de développement harmonieux de l’être en construction.

Avant tout, comprendre les enjeux et les implications d’une question, aussi en reformulant.

On peut s’inscrire dans les différentes sphères simultanément ; on peut aussi perdre le lien à l’une ou l’autre (trauma, dépression).

Une autre notion formulée par Patrice : la conscience.

Pour faire des choix conscients, on a besoin de temps, en passant par la connaissance de soi. Même dans un acte consenti, on n’a pas conscience de toutes les implications, de tout ce qui peut en découler…

A tout cela, j’ajouterais encore une sphère (concentrique, encore au-delà de l’amour) :

Sphère de L’ASPIRATION

Logique de la complétude, d’absolu, d’idéal

Certaines personnes restent dans le domaine des besoins : sous l’emprise de leurs pulsions, de leurs réactions pour la survie. Même dans une société d’abondance où tous les besoins matériels sont largement nourris, le sentiment manque peut subsister dans l’individu qui attend/exige de l’extérieur que ses besoins soient comblés. Car rien ne saurait remplir un puits sans fond, et la personne a d’abord à colmater son sentiment de manque… et cela ne peut venir que d’elle.

Ce sont des personnes (ou des parts) insécures, qui réclament sans cesse (regards, mots, validation, encouragements, nourriture, fumer, boire…) et n’avancent néanmoins pas vraiment, ne sont jamais satisfaites plus de quelques instants… La personne s’est construite sur le manque et l’addiction… et on y passe tou.te.s de temps en temps, je pense.

Quelques méthodes pour mieux vivre les besoins : observer ce qui se présente et qui a besoin d’attention/de soin, utiliser les techniques de libération émotionnelle/psychique, relativiser sans négliger/nier. Si l’on aspire au bonheur, nécessité de passer par la thérapie psycho-corporelle ou autre (il y en a pour tous les goûts !) pour soulager la blessure de base… mais cela ne fonctionne que si la personne est vraiment ok pour lâcher ses identifications à ses névroses/difficultés/douleurs et naître à elle-même. Il ne suffit pas de comprendre pourquoi on est bloqué dans ce registre (c’est en lien avec l’avant-naissance et la naissance, puis ça tourne en boucle, avec des situations qui se rejouent) : il s’agit d’accepter de mourir à cet être/état de manques permanents, pour pouvoir s’élever et vivre véritablement (plutôt que survivre).

D’autres personnes fonctionnent plutôt sur le registre des envies : elles considèrent que la liberté, c’est de faire ce qu’on veut/sent quand on le veut/sent. Pas ou peu d’engagement ni d’investissement… si ce n’est pour obtenir l’objet du désir… qui peut être remplacé aisément par la suite. Je vois là un complexe d’indépendance (pas besoin de l’autre ; je me suffis à moi-même ; tout est à disposition ; jeu souvent inconscient, plus rigolo quant c’est davantage conscient), avec comme réponse l’anti-dépendance (loin de l’autonomie).

L’adolescence privilégie les envies, car il y a vitalité et élan à se découvrir, aussi par les rencontres.

La société actuelle, à force de publicités et autres émissions, joue dans/avec ce registre des envies (désirs mimétiques et désirs compensatoires), d’autant que la consommation est bien moindre lorsque l’on monte en fréquence. Il n’y a alors plus ce comportement j’achète-je jette ou je prends-je lâche, sans penser aux conséquences pour les autres et le monde. L’adulescence en découle, pour garder l’impression d’être jeune, plein de vie, dans le mouv, et éviter la remise en question, le travail personnel, d’oeuvrer pour le bien commun.

Comme je le comprends ! Grandir, prendre en maturité, ce n’est pas sexy/excitant et carrément considéré comme moche/à bannir. Vous avez vu des quinquagénaires ou des sexagénaires qui font leur âge, dans les pubs ? (sauf pour vendre des plans obsèques, ou pour figurer des papys/mamies idiots qui achètent de la merde bien emballée à leurs parfaits petits-enfants ravis)

Quand on fonctionne sur le désir, c’est plus exclusif : seul l’objet du désir peut combler la manque.

Est-ce préférable au registre des besoins ou des envies ? Là n’est pas la question : il ne s’agit ici pas de mettre en place un système de valeur : c’est seulement de voir (et accepter) ce qui est… et d’être davantage capable de se voir et éventuellement se positionner là où on est plus heureux, dans le plus grand respect de tou.te.s.

Le sentiment amoureux peut en effet porter, faire grandir, mettre l’être dans une voie qui l’expanse (étape vers l’amour en soi)… tout comme il peut le réduire à n’être que cela : la personne amoureuse, sur le registre du besoin/manque en fait (que l’objet du désir réponde à ce désir ou non).

Or l’état amoureux peut être au-delà du désir, et faire référence à l’amour en soi, à l’émerveillement non dirigé vers un seul objet, à la joie de vivre, à l’adoration d’oeuvres de la nature ou d’artistes, au sentiment d’Unité, à la spiritualité…

L’amour parle d’absolu, d’illimité dans le temps et l’espace. On n’aime pas parce que ni pour obtenir en retour : aimer, c’est déjà le cadeau, le bonheur, la magie.

Certains.e.s n’aspirent qu’à cela : l’Amour. Vivre en amour, se sentir aimant, partager l’amour, propager/diffuser l’amour…

D’autres ont d’autre aspiration (je ne sais pas si on peut en avoir plusieurs : c’est déjà tellement immense, une aspiration !)

Par exemple, un monde en paix, où chacun.e aurait ce qui est nécessaire et ferait ce qui lui fait du bien.

Ou bien un monde sans système financier.

Ou encore un monde sans frontières, sans pouvoir politique, etc.

Il me semble que l’amour sous-tend toutes ces conceptions néanmoins, que l’application des aspirations/idéaux ne peuvent aller qu’avec l’amour, cette intelligence supérieure. J’imagine mal un système pérenne et épanouissant sans amour, car l’amour répond à de nombreux besoins fondamentaux de l’humain. Et quoiqu’il en soit, nous ferons toujours partie de nombreux systèmes : familiaux, et aussi toutes les autres interactions… ou choix de ne pas interagir.

Et comment se libérer de nos complexes structurels, de nos blessures… sans amour ?

Nous sommes tou.te.s issu.e.s du lien indéfectible (amour ?) entre Terre-Mère et Père-Ciel. A chaque instant, nous continuons de vivre grâce à eux : ils pourvoient à nos besoins vitaux.

Gratitude et joie d’être.

Paix en nos cœurs (et nos têtes !) et sur Terre.

Voilà ce que j’avais envie de dire à ces sujets !

Au plaisiiir ! (C’est dans quel registre, ça ?)

Namasté (Et ça ?)

Nelly

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