Une personne m’a fait remarqué que dans l’article « Comment se déroule un stage Tantra ?« , elle ne trouvait pas très clair dans le cadre de Tantra Sud-Ouest, la règle sur « pas de relation sexuelle excitatoire pendant toute la durée du stage ».
Il y a 2 raisons à cette précision « excitatoire ».
D’une part, pour moi, toute relation a un versant sexuel : on ne se comporte pas exactement de la même façon avec une personne de sexe féminin et avec une personne de sexe masculin, n’est-ce pas ? Notre façon de voir l’autre est naturellement et sociétalement biaisée.
D’autre part, ce n’est ni la relation sexuelle en elle-même ni l’excitation (montée d’énergie) en tant que telle, qui sont à vivre seulement à l’extérieur du stage… mais bien le cumul des 2, car alors on revient dans les habitudes, l’objétisation de l’autre au service de sa pulsion et le gaspillage d’énergie… plutôt que se laisser ici l’espace de vivre les choses différemment.
Alors j’explique qu’une relation sexuelle peut être vécue si c’est dans le plein consentement des partenaires, mais de façon méditative. J’appelle cela le slow sex.
Qu’est-ce que le slow sex méditatif ?
La traduction française de slow sex (sexe lent, pratiquer le sexe en lenteur) ne me satisfait pas… et ne correspond pas à ce que j’appelle le slow sex, le sexe méditatif ou le Barry Long voire une pratique de Tibetan Pulsing. Alors je précise ici ce dont il s’agit. C’est bien sûr mon point de vue : je ne peux parler que pour moi… et d’ailleurs on peut toujours changer de perspective, voir différemment, évoluer…
Barry Long, cité plus haut, a écrit « Faire l’amour de manière divine » en 2002 (et il est décédé en 2003), expliquant à sa façon les rôles de la femme et de l’homme dans une relation sexuelle. J’ai franchement eu un mal fou à aller au bout de ce minuscule bouquin. Il m’a fallu des années pour me décider, au vu des réactions émotionnelles que sa lecture me procurait : beaucoup de colère face à cette façon de cliver, de dire « les hommes sont faits pour ceci », « les femmes sont faites pour cela ». J’avais du mal à accepter ce qu’il posait comme vérité absolue, évidence, d’autant que j’observe tellement de similitudes entre les sexes et tellement de différences entre les personnes d’un même sexe.
Et puis j’ai trouvé que mes réactions étaient intéressantes, que cela parlait donc de choses importantes pour moi, de parts/parties qui avaient besoin d’être vues et soignées… et j’ai cheminé pour pacifier ce qui en moi s’offusquait, râlait, grondait, rechignait, critiquait, jugeait tout cela…
Et j’ai repris ce livre avec le cœur apaisé, sans plus besoin d’avoir raison ni d’objections à faire entendre : le cœur et l’esprit ouverts.
Mais en fait ce n’est pas l’écrit de Barry Long qui m’a émue et qui a transformé ma relation à la sexualité, à moi-même, à mon chéri : c’est la pratique, que j’ai rencontrée à l’occasion de mon tout premier stage de Tantra (en couple, en 2012).
Quelle pratique de slow sex ?
Et la pratique, telle que j’en profite et telle que je la propose à d’autres, c’est simplement une méditation/relaxation sans mouvement à deux, en contact physique… et éventuellement incluant le sexe. Éventuellement mais pas nécessairement, parce qu’en fait lorsque j’ai conscience de mon sexe, j’ai l’impression de n’être qu’un sexe… ou plutôt que mon sexe fait tellement partie de moi qu’il est partout en moi. Et ce n’est pas loin de la vérité, n’est-ce pas ? Car concrètement, dans chacune de mes cellules, il y a le gène correspondant à mon sexe : chacune de mes cellules est sexuée.
Et si j’entre en présence (préalable à la méditation), que je ramène toute mon attention à l’ici et maintenant en étant pleinement dans l’accueil et à l’écoute de ce que je vis, de ce qui se vit en moi, je sens bien la vie dans mon sexe, même si c’est seulement nos mains ou nos pieds ou nos têtes qui entrent en contact physique.
Et c’est bon de pratiquer avec une personne de l’autre sexe. Et c’est bon de pratiquer avec une personne du même sexe. Quelques soient le genre ou l’attirance sexuelle : il n’est là pas question de relation sexuelle, mais simplement d’une méditation qui se vit à 2.
D’ailleurs certain.e.s nomment cela la mise à la Terre c’est que cette pratique a plusieurs vertus :
* au niveau du couple/binôme : co-régulation, alignement sur des longueurs d’ondes compatibles
* au niveau individuel : recentrage, décharge de ce qui n’est plus d’actualité (non pas dans l’autre mais directement dans la Terre justement)
Et en fonction du niveau d’intimité, de confiance, de désir d’exploration des partenaires, il peut y avoir -ou pas- de contact au niveau d’un ou des 2 sexes. C’est-à-dire que la position n’est pas forcément symétrique. Et par exemple, il peut y avoir une personne qui met une main sur le sexe de l’autre et une main sur son propre sexe… tandis que l’autre personne pose ses mains sur les cœurs.
La créativité est bienvenue et les possibles sont infinis.
La limite, c’est qu’il est important de trouver une position immobile et détendue confortable, pour pouvoir respirer tranquillement sans effort pendant 15mn (ou davantage si les partenaires se sont entendus pour une autre durée).
Le seul autre critère pour que ce soit bien du slow sex méditatif, c’est de ramener son attention à l’ici et maintenant autant que possible : observer d’instant en instant ce qui se vit pour soi, dans la relation à l’autre.
Pourquoi le slow sex en stage ?
Le slow sex méditatif, c’est sans mouvement volontaire ni objectif ni attente ni excitation.
Et s’il y a excitation au début ou qu’elle monte, on respire, on visualise l’énergie qui circule… et ça passe.
D’ailleurs c’est très soulageant pour les hommes comme pour les femmes, de pouvoir enfin lâcher la pression sur l’apparence et la performance sexuelle.
Et dans les stages Tantra Sud-Ouest, c’est autorisé même en dehors des temps de pratiques. Pourquoi ?
Parce que des couples et des êtres viennent aussi pour se reconnecter sainement à leur sexe et à la sexualité. C’est un soin, et de grandes guérisons en découlent naturellement.
Car habituellement, le sexe est continuellement chargé d’attentes, d’injonctions, de peurs, de blessures aussi… et un stage Tantra est un espace-temps propice justement à se libérer de ce qui encombre, de ce qui nuit à l’Amour, à la joie, à la fluidité relationnelle.
Interdire le sexe en stage : un écueil
Nous l’avons bien vu : les religions qui oppriment la nature en traitant le sexe comme impur, sale, dépravé, interdit, accepté seulement dans des conditions précises qui n’ont rien à voir avec les désirs et les besoins des individus… fabriquent des personnes névrosées et des relations fausses voire toxiques.
Pourquoi tenter de réduire au silence et à l’invisibilité ce qui intéresse tellement chacun·e ? Que ce soit par peur ou pour manipuler, c’est terrible de maintenir continuellement en tension tout un peuple. Là où le refoulement est nécessaire pour ne pas sortir du cadre et être inclus/accepté, se crée ardemment la déviance au détriment des plus faibles : enfants, femmes (sous tutelle de leur père puis de leur mari), travailleur·euse·s du sexe, personnes fragiles.
Et même au 21ème siècle, et même dans les pays occidentaux, les vieux schémas se prolongent, hérités dans l’inconscient individuel et collectif. Hallucinant le nombre de personnes qui croient, par exemple, que :
- les femmes doivent être séduisantes et dociles… mais pas trop
- les hommes doivent être forts et romantiques… mais pas trop
- le polyamour est la solution
- la monogamie est la solution
Comme si, en ce qui concerne ce qu’il y a de plus intime et de plus singulier à chacun·e, une norme était susceptible de convenir à tout le monde.
Vivre une relation saine au sexe
Rien à voir avec une liste de choses à faire et une liste de choses à ne pas faire.
Vivre une relation saine au sexe, c’est pouvoir être en paix avec lui. Et la paix, ça parle de détente, de joie, d’Amour. J’y ajouterais aussi la reconnaissance, la gratitude, la connivence même : intégrer le sexe comme un agréable partenaire, et éventuellement même y inviter l’aventure, l’exploration voire le jeu si cela parle aux partenaires en présence.
À chacun·e son rythme, à chacun·e ses désirs et besoins du moment. Et c’est la communication authentique et régulée qui permet de valider qu’on est bien sur des longueurs d’onde compatibles.
Une relation saine à la sexualité implique de savoir dire Non et de savoir entendre le Non : c’est entre adultes matures, qui prennent en charge leurs blessures d’ego, sans réaction inadaptée ou toxique (violence physique, verbale, énergétique, rejet, fuite ou attitude passive-agressive).
Il s’agit simplement de consentement éclairé et enthousiaste, pas à pas… et de garder le cadre fixé avant la pratique… et de savoir arrêter à tout moment, dans le respect de son/sa partenaire.
Ne pas interdire le sexe en stage : un écueil aussi
Dans presque tous les stages de Tantra en France et ailleurs dans le monde, le cadre ne stipule rien par rapport à la sexualité. Dans beaucoup de stages, il n’y a d’ailleurs même pas de cadre… ou bien un cadre écrit et/ou dit à la va-vite et pour lequel il n’y a pas de vrai engagement.
Et cela induit des abus en tous genres voire des viols qui ne se considèrent pas comme en étant… et pourtant dans le sens où se retrouver avec un doigt dans le sexe ou un autre orifice alors que ce n’était pas prévu avant la pratique… c’est un viol au sens de la loi autant qu’en ce qui concerne l’impact psychique.
Et profiter de l’ouverture de corps-cœur-esprit induite par les pratiques en stage, pour avoir une relation sexuelle avec une personne qui ne l’aurait pas souhaité à un autre moment… c’est de l’abus. C’est de l’abus -voire du viol puisqu’il peut y avoir l’effet de surprise ou le sentiment de contrainte- même si la personne est ok car excitée à ce moment ou qu’elle n’ose pas dire Non (quelque soit la raison : crainte d’être mal vu.e, critiqué.e, jugé.e, rejetée, ou parce que cela fait partie de ses habitudes…)
Il y a pléthore de témoignages de personnes ayant subi des abus en stage (et pas uniquement en Tantra) et parfois même de la part de l’équipe d’animation (utilisant en plus le biais de pouvoir).
Et chez Tantra Sud-Ouest, c’est Non.
Donc il y a ce choix depuis le début de mes animations (mars 2014) : pas de relation sexuelle excitatoire pendant toute la durée du stage. Cela a en plus l’avantage de trier les prédateurs.trices.
Quant à ceux qui viendraient seulement pour profiter de toucher et d’être touchés par des femmes (c’est essentiellement dans ce sens que cela se passe), ils sont aussi triés puisque :
- la parité hommes-femmes n’est pas garantie (ce qui signifie que ne viennent que des hommes ok pour bosser avec des hommes… et c’est éminemment précieux)
- les choix sont faits de façon à ce qu’il y ait toujours la possibilité de ne pas pratiquer avec telle ou telle personne
- une proposition de pratique est faite, mais il est toujours possible de faire moins ou de s’abstenir ou d’arrêter à tout moment… et l’équipe d’animation est toujours présente, vigilante
- et avant tout cela, il y a l’entretien téléphonique qui permet de connaître les motivations à l’inscription
Retrouver sa souveraineté par le Tantra
Il est question ici de retrouver sa souveraineté, sa liberté de vivre selon son corps-cœur-âme-esprit, de se libérer des diktats extérieurs et intériorisés…
Et pour cela, la relation à l’intimité est revisitée. L’intimité n’a pas grand-chose à voir avec le sexe. Et l’intimité a aussi à voir avec le sexe, puisqu’elle inclut justement tout ce qui est important pour les êtres, remettant aussi du lien avec ce qui a peut-être été maltraité, exclu, déplacé ou remis à plus tard.
Rappelons-nous que nous sommes né.e.s du sexe, par le sexe, au moins en partie pour le sexe… et qu’il est très naturel d’être intéressé.e par le sexe… qui est d’ailleurs le premier critère que l’on remarque chez l’autre, depuis sa naissance.
Explorer cette dimension sacrée/divine/libératrice de la sexualité, et pratiquer ici, en stage, permet de passer le cap. La voie du Tantra inclut l’énergie sexuelle/vitale et le sexe, bien sûr dans le plein consentement des êtres. Il n’est pas question de refouler, de se couper encore par des dogmes et des interdits qui rendent fous et folles. Il s’agit justement d’assainir la relation à tout ce que nous sommes, y compris au sexe, en sortant des anciens schémas/conditionnements.
L’idée derrière cette autorisation (à pratiquer le slow sex méditatif pendant les stages), c’est il ne s’agit pas d’empêcher la circulation d’énergie, mais bien de lui offrir un espace conscient, sécurisé et respectueux pour qu’elle puisse se déployer librement — et se soigner.
En plus, la prohibition entraîne les pires excès.
Alors que s’il y a la permission d’une pratique susceptible d’apporter du bon, de façon sécurisé et saine, dans l’esprit du stage, c’est cadeau ! Plus qu’à voir où on en est avec le désir, la demande, la réponse, la discussion préalable, puis l’ajustement éventuel en cours de la pratique… et c’est un sacré boulot !
L’autorisation n’oblige à rien
Et en fait il est rare que des participant.e.s utilisent cette autorisation à pratiquer le slow sex méditatif.
En effet, il y a déjà beaucoup de temps de pratiques… et c’est bon aussi de prendre l’air, de se dégourdir les jambes, de se servir une tisane, de communiquer de façon informelle…
En général, c’est plutôt les personnes qui viennent en couple qui en profitent pour expérimenter pendant la nuit, avant de s’endormir ou au réveil. Cela fait d’ailleurs partie des propositions en Tantra Couples, éventuellement en pénétration ou simplement sexe contre sexe… ete toujours sans mouvement autre que la respiration.
Curieuse de lire vos remarques et témoignages à ce sujet.
Au plaisir de vous recevoir en stage Tantra dans un cadre sécurisé et sécurisant, tout en laissant la place à la créativité et à la circulation d’énergie !
Namasté
Nelly

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